La recherche iconographique par qui et pourquoi ?...


   

 

Quel que soit le sujet (thème) étudié, le recours à l'iconographie va de soi pour toute étude à caractère historique. L'importance donnée à la consultation des représentations est cependant fort variable et va de la simple illustration à l'étude exclusivement iconographique .

 

 Dans le domaine musical et en particulier en ce qui concerne les cornemuses, les comportements semblent tendre actuellement vers ces deux extrêmes, ce que nous pouvons tenter de comprendre.

 

Cette remarque qui pourrait sembler gratuite s'appuie en fait sur les résultats de la consultation que je réalise depuis juillet 86, offrant à chacun de faire figurer dans le présent inventaire les références de sa connaissance. Outre une information générale par annonces dans les revues spécialisées, j'ai sollicité directement certaines personnes connues pour leur travail de recherche soit iconographique, soit de collectage. Globalement, si les premières citées ont rapidement et efficacement collaboré, je n'ai eu que rarement des réponses des personnes de la seconde catégorie (à quelques exceptions près que je remercie spécialement).

 

 Un domaine d'étude à part entière

L'étude iconographique, pour être efficace demande d'importants moyens et un énorme travail. En effet, il ne suffit pas de "regarder les images", il est nécessaire de rassembler un corpus significatif (donc important) et précis (date, origine etc.) puis d'effectuer une analyse fine, critique et comparative. Sans un tel travail, l'iconographie restera le parent pauvre qu'il est aujourd'hui, ne devant sa survie qu'à l'aspect agréable que revêt l'utilisation d'œuvres d'art pour aérer les pages d'un texte (vous ne trouvez pas que ça manque d'images ici ?...). Sans un tel travail l'iconographie restera globalement ressentie comme peu fiable (les productions de certains luthiers, reproduisant "au pied de la lettre" les instruments de certaines représentations ne font que conforter cette idée).

 Savoir interpréter

L'iconographie peut fournir des données sérieuses, à condition d'apprendre à l'interpréter, à condition de savoir replacer chaque œuvre dans son contexte, à condition de savoir dans quelle mesure une œuvre doit être prise en compte, pour elle-même ou vis à vis d'un ensemble, à condition de savoir quelle correction doit être apportée à une représentation pour retrouver l'instrument qui a servi de modèle, à condition de savoir quelle symbolique entoure ou définit l'instrument etc.

 

Certaines études menées sur d'autres instruments prouvent qu'une telle démarche n'est pas irréalisable si l'on se donne les moyens nécessaires. Un tel travail peut donc difficilement être mené de front avec d'autres activités de recherche et il s'agit sans aucun doute là de la première cause de spécialisation ou de rejet de l'iconographie.

 

 Des zones d'ombre probablement importantes

Les rapports entre l'iconographie et la tradition proche apparaissent trop lâches. Sauf quelques cas particuliers (par exemple celui de la Musette de cour dont on connaît instruments, répertoire, contexte social et iconographie), il manque un certain nombre de "maillons" entre les documents iconographiques et la tradition connue de mémoire vive. Ainsi, par exemple, l'iconographie n'a jusqu'à présent que peu éclairé sur les origines des différents types régionaux de cornemuse.

Il semble en effet que l'iconographie ne décrit qu'une partie du monde musical et que les absences d'information (domaines régionaux ou sociaux non ou mal représentés) sont nombreux. Il est plus stimulant de prendre cette proposition à contrario et de se dire que sur la masse de documents non encore découverts ou non encore exploités, il y a certainement un certain nombre de clefs à trouver.

Il est d'ailleurs nécessaire de tenir compte de la faible représentation constatée d'un certain nombre de domaines lors de l'étude d'un corpus donné. En effet une représentation unique ne devra pas être systématiquement considérée comme farfelue car il peut toujours s'agir de la représentation isolée d'un type particulier. Ce qui ne veut pas dire, à l'inverse, que toute représentation est digne de foi, loin s'en faut..

 

 Le problème de la localisation des instruments représentés

Autre grief formulé : l'iconographie reste trop imprécise sur les localisations géographiques, ce qui limite sa portée et la rend difficile à rattacher aux études régionales. En effet même si l'artiste est connu, il est rarement possible de savoir exactement l'origine du type de cornemuse représenté : où se déroule la scène, le musicien représenté est-il local ou de passage, le type de cornemuse est-il bien celui qui correspond ou bien est-ce un modèle connu de l'artiste, voir un stéréotype, a-t-on sous les yeux un original ou bien une adaptation de l'œuvre ? Depuis que je recense les représentations de cornemuse, je crois bien avoir eu sous les yeux tous ces cas.

Ici aussi, lorsque les investigations sur l'œuvre proprement dite ont été réalisées, les recoupements avec d'autres représentations permettent souvent d'affiner ou de corriger la localisation. Il est par exemple souvent facile de reconnaître certaines cornemuses flamandes que l'on retrouve parfois bien loin des Flandres...

 

 Des données organologiques partielles mais irremplaçables

L'iconographie ne nous renseignera jamais complètement sur les instruments et leur pratique. Il est certain qu'aucun tableau ne nous fournira la forme exacte d'une perce de hautbois, le type de grattage de l'anche, le doigté et les ornements utilisés etc. Cependant, si l'iconographie ne peut nous fournir des données complètes, elle constitue le plus souvent l'unique source de renseignements. Lorsque d'autres documents existent (textes, partitions, instruments etc.), leur confrontation avec les représentations en accroît sensiblement la portée.

Il est enfin possible, et cela se fait toujours, consciemment ou inconsciemment, d'extrapoler par rapport aux instruments et à la pratique actuelle, mais il importe de rester prudent car cela peut aussi conduire à d'importantes erreurs et il est bon de savoir remettre en cause ce qui aujourd'hui semble aller de soi.

 

 Constituer un corpus pour pouvoir en tirer des enseignements

Malgré tous ces handicaps à priori, l'iconographie mérite que l'on se donne les moyens de l'étudier et de lui faire dire tout ce qu'elle peut renfermer de connaissances sur les pratiques passées de la cornemuse. La plupart des renseignements qu'elle est capable de donner (même s'ils sont incomplets) ne pourront être obtenus par ailleurs, en particulier en ce qui concerne les origines de l'instrument et l'évolution de son contexte social.

Mais, pour que l'étude puisse être efficace, il est nécessaire de commencer par recenser, de manière la plus exhaustive possible les représentations et de constituer ainsi un fond de recherche utilisable par quiconque voudra s'en donner la peine. C'est là le but que se fixe cet inventaire, avec des moyens limités et sur un domaine précis, défini plus haut, en attendant mieux.


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