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  Autres instruments : Crécelles à manivelles

 

Sur cette photo, très probablement prise en Moselle à la fin du XIXème siècle, un groupe comportant majoritairement des enfants, pose devant un magasin dont la vitrine renferme essentiellement des lampes et de la vaisselle. Observons de plus près :


Deux des enfants tiennent fermement des grosses crécelles à manivelle. Il est possible que l'enfant au premier plan à droite fasse tourner dans sa main gauche une crécelle à une main (d'où le flou de bougé). Cette photographie a donc probablement été prise lors de la seconde moitié de la semaine sainte (juste avant Pâques).

Rappelons que la tradition est liée à la croyance qui veut que les cloches partent à Rome durant la Semanine Sainte. Elles doivent alors être remplacées par les crécelles, que les enfants de choeur font sonner dans les rues du village trois fois par jour pour marquer l'angélus du matin, le midi et l'angélus du soir.

Le samedi soir, ils font la quête de porte en porte pour demander des oeufs ou de l'argent.

A St-Julien-lès-Metz (Moselle), dans les années 1970, les paroles de la chanson de quête, entonnée à chaque porte sur un tempo rapide étaient les suivantes :

"Je vous salue avec honneur
N'oubliez pas les enfants de choeur
Et le Bon Dieu vous le rendra
Alléluia !

Si vous n'avez pas d'oeufs
Donnez un franc, donnez-en deux
Et le Bon Dieu vous le rendra
Alléluia !"

Cette tradition perdure encore dans de nombreux villages lorrains (ou l'instrument est souvent nommé "trétrelle"), mise à mal toutefois par la raréfaction des enfants de choeur mais donnant maintenant lieu à de nombreuses photos dans la presse locale. 

Les dix premières crécelles de cette page ont été photographiées à l'occasion d'une petite exposition sur ce sujet. Le collectionneur auquel elles appartiennent (merci à lui...) les a toutes trouvées sur des brocantes de Moselle. Ce qui n'exclut pas quelques apports externes. Certaines doivent être anciennes, d'autres récentes.

Les crécelles sont classées dans les instruments de "para-musique". Elles étaient jadis bricolées par les parents pour leurs enfants ou, dans le meilleurs des cas par un artisan du bois. Souvent maltraitées, elles subissaient parfois des réparations de fortune, ce qui explique la présence de bois d'essence et d'ancienneté diverses sur certains instruments retrouvés (lorsqu'il ne s'agit pas d'une fabrication initiale avec des planches de récupération)

Les crécelles à manivelles utilisent généralement un principe sonore légèrement différent des crécelles à une main (crécelles tournant autour d'un manche) : en effet le son n'est pas produit par le claquement de la lame sur le cran suivant de la la roue, mais les ergots disposées sur celle-ci soulèvent les lames qui viennent frapper, lors de leur retour par effet de ressort, par l'intermédiaire d'un petite cale placée sous elles, la plaque support. Chaque lame fait donc office de marteau.


Quatre exemples de crécelles à manivelle :
en haut à gauche, facture populaire, probablement rafistolée par la suite (plaque du dessus en contreplaqué plus récent)
en haut à droite, crécelle ancienne, de belle facture (poignée tournée) mais sans caisse de résonnance
en bas, deux crécelles assez similaires, récentes, en hêtre

La crécelle en haut à droite, non fermée, montre bien le principe de ce type d'instrument paramusical : un cylindre muni de gros picots (tourillons), mu par une manivelle.....

----vient soulever des lattes de bois (souvent quatre), solidement fixées à leur autre extrémité et qui, de par leur élasticité naturelle, reviennent à leur position initale en faisant claquer sur la planchette support, le bloc de bois fixé sous elles.

Les variantes de consctruction tiennent essentiellement à la position de l'ouverture, qui doit viser à éviter tout risque de pincement des doigts, ce qui n'est pas le cas sur la crécelle ci-dessus, ouverte à ses deux extrémité pour un maximum de puissance sonore.

Celle-ci, à ouverture sur le dessus, est plus sûre

Celles ci-dessous, toutes trois de facture populaire récente, présentent trois autres variantes : ouverture sur le bout opposé à la manivelle, ouverture réduite du côté de la manivelle, fermeture totale (moins sonore, fabrication contemporaine de Moselle nord)

 

Les trois mêmes plus une quatrième également complètement fermée, sous deux autres plans

Celle-ci présente une solution plus esthétique reprenant le principe des ouies de certains instruments à cordes....

.... mais notons que son autre face, probablement réalisée dans une vieille planche de récupération, est d'une toute autre esthétique :

Encore un exemple, avec ouverture sur le dessus


vue de détail :

Celle-ci est assez classique, avec ouverture de la face côté manivelle

La suivante est de même type mais va nous permettre de voir comment ont été fixées les lames des marteaux . Vue générale tout d'abord :

Puis vue de l'extrémité : on distingue, en haut, sous la planche supérieure, les extrémité des lames, maintenues en haut par deux cales de bois placées en dessous

Vue par l'intérieur maintenant :

Des cales de même type on été placées entre les lames et la planche supérieure de la crécelle permettant la mise en tension des lames lorsque les tétons visibles au premier plan (flous) viennent soulever l'extrémité de ces lames.Le schéma ci-dessous résume ce système (lame en jaune et cales en rouge).

Encore une crécelle, mais de type presque complètement fermée (trois petites ouies circulaires sur le dessus)...

...mais le caractère remarquable de cette crécelle demeure le prénom de son prossesseur profondément gravé sur la planche inférieure...

La suvante présente l'originalité d'avoir ses lames sur la caisse de résonnance et non à l'intérieur de celle-ci

Ces grosses crécelles sont parfois dénommées crécelles de clocher, mais il existe des témoignages de véritables crécelles de clocher, à manivelle et dont la taille était de l'ordre du mètre...

Elles auraient également été utilisées comme crécelles de rabatteurs lors des chasses en battues

Une crécelle à manivelle de grande dimension (55cm de long), se jouant posée à terre comme en témoignent ses deux pieds à l'avant. Je l'ai photographiée avec une crécelle à main industrielle afin de donner l'échelle.


Remarquer, sur la photo du haut (planche supérieure déclouée) la présence de véritables petits marteaux, chaque lame traversant ces têtes de marteaux en bois alors qu'à l'accoutumée il s'agit simplement de cales clouées sous les lames. On retrouvera ce système sur les deux crécelles suivantes et sur une crécelle picarde ci-après.

Continuons à monter en taille avec celle-ci qui fait 66 cm de long et dont on appréciera la forme travaillée des marteaux. remarquons également que sa caisse de résonnance est entièrement fermée :

 


le 4ème marteau est, sur la photo ci-dessus, au milieu de son mouvement ascendant tandis que le premier entame sa levée.

Passons à une crécelle (qui a pas mal vécu) de même type général mais sans boîte de résonnance : les marteaux tapent sur une simple planche


La même vue de dessous

En voici une autre du même type mais version grand modèle puisqu'elle fait quasiment 1m de longueur? Ces grandes crécelles étaient-elles utilisées dans les clochers ?

 

A l'inverse des deux précédentes sans caisse, en voici une complètement fermée (l'était-elle d'origine, le couvercle en contreplaqué semblant plus récent ?). la manivelle est manquante.

La même avec le couvercle en contreplaqué enlevé :

En voici une autre complètement fermée et pourtant très sonore du fait de la qualité du bois employé :

Deux photos d'une crécelle trouvée dans le Nord. Son originalité est de ne pas avoir de véritable manivelle. Il est toutefois tout à fait possible de tourner l'axe en le prenant bien dans la main. la seconde photo montre les ergots de la roue et les cales disposées sous les lames et venant frapper la planchette inférieure de l'instrument.

 


Version "customisée" au feutre

 

Deux crécelles picardes, sans caisse de résonance, dont la planche support est d'une forme un peu travaillée et présentant toutes deux l'originalité d'une roue à crantage non homogène : crans centraux métalliques pour la première et petit crantage avec lame sans marteau pour la lame supérieure de la seconde (d'où pour cette lame, un principe sonore identique à celui des crécelles à une main, ce qui est également le cas des trois lames de la première crécelle)


Remarquons également, sur la crécelle ci-dessus, la forme joliment travaillée en marteau des cales frappant la planche support (selon le même principe que la grande crécelle déjà vu plus haut mais avec une véritable forme de tête de marteau) et l'alignement de certains ergots sur la roue.

 

Retour en Lorraine (?) avec une autre crécelle mixte (deux marteaux sur les côtés et une lame au centre) :

 

Cete crécelle trouvée dans le Nord était sans doute une crécelle à manche au départ, elle a été transformée en crécelle à manivelle par l'un de ses utilisateurs bricoleur tendance plomberie. Ici pas de marteau, le son est produit comme sur les crécelles à manche par le claquement de la lame sur le cran suivant de la roue

Vue de l'extérieur, rien ne laisse deviner que cette crécelle à manivelle fonctionne comme la précédente sur le principe des crécelles à manche et qu'elle ne comporte pas de marteau

Mais en regardant à l'intérieur cela est clair...

Une autre crécelle à manivelle, picarde, et plutôt orignale : elle se rattache également plutôt aux crécelles à manche par son son principe sonore (pas de marteau mais claquement de la lame sur les différents crans de la roue) et elle n'est dotée que d'une lame.

Ce même type de crécelle a été décliné ci-dessous en imitation de mitraillette (toujours en Picardie)

Les différentes crécelles picardes ci-dessus (photographiées sur fond bleu) ont été trouvées et photographiées par Philippe Boulfroy. Celles du Nord (photographiées sur carrelage brun) ont été trouvées par Jean Jeltsch et Muriel Depoorter. Merci à eux.

Vers les crécelles tournantes à une main, Vers les crécelles à marteaux



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